Ex-voto peints 1

 

Expression souvent naïve de la foi populaire, l'ex-voto peint, d'abord sur bois, puis de plus en plus sur toile ou sur carton, remplit les murs des chapelles et églises provençales de 1650 à 1900. Alors que Notre-Dame des Lumières, à Goult en possède plusieurs dizaines, il n'en reste que très peu à Pertuis. Pourtant, au XIXème siècle, la chapelle de Notre-Dame du Bon Secours, dans la deuxième nef de l'église paroissiale en était couverte. Il n'en reste qu´┐Żune douzaine, mais cet échantillon qui s'étend de 1721 à 1861 est suffisamment varié pour permettre une évocation assez complète de l'extrême diversité des ex-votos provençaux.

C'est ce qui a été fait lors des journées du Patrimoine, les 16 et 17 septembre 2006, dans une chapelle construite en 1660, autour de la statue de Notre-dame de Bon Secours, Vierge à l'enfant en bois doré particulièrement vénérée par les Pertuisiens pendant deux siècles. Le décor XIXème siècle de la chapelle rappelle le regain de la dévotion mariale après la Restauration.

Le mot ex-voto est une abréviation de la formule latine "ex-voto suscepto". Il s'agit d'une pratique qui remonte à la plus haute Antiquité. En Egypte déjà, en Grèce également, l'homme implorait ou plus souvent remerciait la divinité d'une grâce ou d'un voeu réalisé en offrant des objets, quotidiens ou sacralisés, en échange d'une protection accordée contre la violence des éléments naturels, contre des dangers du quotidien, contre la maladie ou la guerre.

Le manuscrit de Jean-Louis Garcin, chroniqueur pertuisien de la fin du XVIIIème siècle cité par le Chanoine Trouillet donne une idée de l(engouement pour cette dévotion qui occupait alors une grande place dans l'église Saint Nicolas: "Plus de cinq cents tableaux, des voeux, qui avaient été offerts par ceux à qui leur dévotion et leur foi envers cette image avaient obtenu des grâces, remplissaient toute la longueur et largeur de la cloison en bois qui séparait [le] choeur de la chapelle. Les murailles libres, d'un côté et de l'autre de l'autel, le pilier qui est en bas, le grillage en bois de la chapelle [voisine] ne pouvaient suffire à recevoir tous ces ex-voto."
 

 

Seuls les Pertuisiens qui ont visité de nos jours en Espagne la ville d'Utiel et son sanctuaire du "Remedio" ( Utiel est l'une de villes jumelles de Pertuis ) peuvent se faire une véritable idée de ce que la dévotion populaire peut accumuler de bric-à-brac à la fois touchant et invraisemblable: 

 

des robes de mariée, des prothèses, des diplômes, des permis de conduire, sont aujourd'hui déposés par les pèlerins au sanctuaire espagnol;

-"des corps d'enfants et des bras, des jambes, en cire et en fer blanc: des armes brisées, des palmes apportées des côtes de Barbarie par des chrétiens échappés par miracle" étaient accumulés dans la chapelle de Notre-Dame de Bon Secours à Pertuis avant la Révolution.

 

La dévotion à la Vierge Marie s'était particulièrement développée en Provence pendant la Contre-Réforme tridentine encouragée par les ordres monastiques, le clergé séculier et les confréries de pénitents.
La Provence, proche de l'Italie et des Etats pontificaux fut dans la seconde moitié du XVIIème siècle une région de prédilection pour le développement du culte marial.
La décoration des églises et des chapelles a donné à la Vierge une position privilégiée, en multipliant par exemple les retables de l'Assomption.

L'invocation à Marie se retrouve dans la majorité des testaments catholiques; le choix du prénom se retrouve aussi très fréquemment dans les registres de baptême.

Marie, protectrice universelle, supplantait même les saints thérapeutes spécialisés et prit donc une place prépondérante dans la peinture des ex-voto.

L'ex-voto, par sa vocation propre de témoignage, exprime certes la présence du sacré et du miracle dans la vie quotidienne, mais dans une société en partie analphabète, il était surtout une forme de communication codifiée lisible par tous et qui nous parle encore aujourd'hui:

"Le quotidien perdu surgit du merveilleux, chaque ex-voto suggère ou raconte une histoire, comme un conte en raccourci."(Michel Vovelle)

 

 

 

 

 

Jean-Jacques DIAS
21/11/10